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Les souffrances underground du jeune Nostradamiaou

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Nom :
Lieu : Paris, France

10.3.05

Voiron, Big Apple Dauphinoise

Ca y est. J’ai fait le grand saut. Non content d’être célibataire, sans emploi ni argent, j’ai provisoirement adopté le statut de nomade en abandonnant mon logement. Evidemment, je ne suis toujours pas plus connu que reconnu par le public. Enfin, je fume - du tabac uniquement - je bois - tout ce qui se boit - et si je pouvais, je jouerais aussi aux sous chez Partouche. Maintenant c’est sûr, je suis écrivain. J’attends impatiemment les premiers emmerdements sérieux pour être élevé au rang des maudits.

J’ai tout d’abord transhumé vers mes parents, à Voiron. Là bas - pour vous - et ici - pour moi -vivent environ vingt mille épicuriens. J’en ai fait partie entre les ages de huit à dix sept ans. Une âme résidant à Voiron s’appelle un voironnais ou une voironnaise, selon qu’elle a joué à la guerre ou la poupée dans sa cours de récréation. Un vrai voironnais prononce le nom de sa ville avec l’accent dauphinois. Phonétiquement, ça donne approximativement « Voiréan ». C’est assez fun à entendre.

Pour rejoindre Voiron, il m’a fallu prendre trois métros, ligne 7 bis, ligne 11, puis ligne 1 ; puis le TGV jusqu’à Lyon ; puis un autre train jusqu’à Voiron. Il faut à peu près autant de temps pour faire les 490 kilomètres séparant Paris de Lyon que les 90 kilomètres éloignant Lyon de Voiron. Quand tu travailles à Lyon et que tu veux habiter ailleurs, tu as presque intérêt à habiter Paris plutôt que Voiron.

Pourtant, il y fait bon vivre, à Voiron. D’ailleurs, les gens y vivent longtemps. La vie y est plus longue qu’ailleurs. C’est le sentiment que ça donne. A cinquante ans, t’as l’impression d’en avoir vécu cent, des années. En effet, à Voiron, ce qui est bien, c’est que le temps ne passe pas vite. Ici, Tempus Fugit c’est pas du latin, c’est du chinois. Au mieux, la fuite du temps pour un voironnais, c’est un concept météorologique. Ca lui évoque la pluie.

Quand tu as entre 15 et 30 ans, que tu vis à Voiron et qu’il pleut pendant le week-end, tu as tout ton temps pour exprimer ta créativité. Pour ça tu as le choix : Réaliser des assemblages subtils et novateurs de bières avec différents sirops de fruits locaux; jouer au tarot et faire des annonces audacieuses sans roi ni atout en main ; voire - pour les plus créatifs - jouer au tarot en buvant des bières. Si tu n’aimes ni les bars, ni jouer au tarot, pas de panique, Voiron a tout prévu. Tu peux louer un DVD, devant lequel fumer un joint avec les copains est du meilleur effet.

En effet, si les boutiques qui ferment à Paris sont systématiquement remplacées par un traiteur chinois, à Voiron, quand une boutique ferme, elle est invariablement remplacée par un distributeur de DVD. Ca n’arrange pas le chômage certes, mais ça occupe les chômeurs. Voiron, c’est vingt mille critiques cinématographiques, particulièrement affûtés pour les films dont même télé 7 jours ne parle pas. Sur le territoire français, les films de Jean-Claude Vandamme et de Steven Seagal font la moitié de leurs entrées à Voiron.

A Voiron, plus qu’ailleurs, avoir entre quinze et trente ans, c’est être à un age charnière. Si dans ce laps de temps tu n’as pas trouvé ta moitié, tu finis vieux garçon. Pour les filles, la question ne se pose pas en ces termes. Les filles, à Voiron, qui ne sont pas enceintes du petit troisième à vingt cinq ans, sont majoritairement infécondes.

Géographiquement parlant, Voiron est une petite ville idéalement située au nord de Grenoble, implantée aux creux de montagnettes et dominée par la Vouise, monticule calcaire s’élevant à huit cent et quelques mètres d’altitude. Au sommet de ce dernier s’élève une grande statue qui veille jour et nuit sur le bled, telle la statue de la Liberté sur New York. C’est Notre Dame de la Vouise. Vachement moins sexy comme nom de statue que celle de big apple, je vous l’accorde. Faut pas se plaindre. Aux hasards des années et d’une toponymie défaillante, deux barres latérales auraient pu être ajoutées au « V » de Vouise le transformant en un « M » dont la ville se passe très bien.



Quand on monte sur les collines environnantes, on voit Voiron, en bas, dans le vallon. Elle n’est ni belle de loin, ni loin d’être belle. Mais la région est très jolie. C’est une ancienne ville industrielle qui fait son possible pour le rester. Le vers à soie a longtemps été la fierté du coin. De nombreuses et passionnantes conférences permettent de s’instruire sur le sujet tout au long de l’année. Vous trouverez le programme à l’office du tourisme à coté de chez Go Sport. Seulement voilà : le vers à soie, ça eut payé, mais ça paye pu. Alors à Voiron, on s’est tourné vers l’avenir. Il faut quand même préciser qu’à Voiron, la notion d’avenir est sensiblement la même que celle d’un capitaliste tuberculeux d’ex URSS. Voiron, c’est la mémoire in vivo de la mode capillaire d’il y a 15 ans. Leur futur, c’est ton passé.

Justement, il reste quelques glorieuses entreprises du passé pour employer un peu de ceux qui ont envie de travailler en intérim. Antésite par exemple. Cette boite fabrique une sorte de boisson marronâtre au réglisse qui servait de Coca aux enfants qui sont devenus nos parents. A part les vioques, plus personne ne connaît Antésite aujourd’hui donc, plus personne n’en achète. Pourtant, la boite existe toujours. Certains racontent que - et n’allez pas croire que c’est moi -, à l’instar des paysans français qui, une année touchent des subvention pour planter des pommiers parce qu’il n’y en a pas assez, puis l’année suivante touchent des primes d’arrachage de ces même pommiers parce qu’il y en a trop, Antésite produit, ne vend pas, détruit la production et perçoit des compensations bien méritées de la part de l’état. Je me garderai bien de colporter ce genre de médisances.




La vraie fierté de Voiron, le mythe qui l’a rendue célèbre dans le monde entier, c’est une autre boisson aussi spéciale qu’alcoolisée dont la couleur verte ou jaune provient paraît il des cent et quelques plantes utilisées pour sa confection : la légendaire Chartreuse… Seuls quelques moines connaissent et gardent jalousement la recette de ce fabuleux breuvage. Seuls quelques dingues en boivent. Je n’en connais pas personnellement, mais on me l’a dit. Le secret de leur mixture, aux moines, est donc jalousement gardé et, si je le sais, c’est que les dits moines le font savoir haut et fort à qui veut bien l’entendre. Ils espèrent, j’imagine, attiser la convoitise. La convoitise de qui, je ne sais pas, mais en tous cas en ce qui me concerne, ils ont raté leur coup. Leur recette, je m’en fous. A ma connaissance, d’ailleurs, aucun d’entre ces moines n’a jamais été torturé par qui que ce soit dans le but de lui faire cracher le morceau. Faut dire que les laboratoires pharmaceutiques possèdent déjà leurs propres vomitifs qui, eux, ne nécessitent pas de faire transiter par le gosier 70° d’alcool aller retour. Et dans nos temps où la douleur est au centre de tous les débats médicaux, vomir, c’est bien, mais vomir confortablement, c’est mieux.

Bref, revenons en aux beautés cachées de Voiron. Autour de la grande église, ses immeubles colorés donnent un peu de joie à une architecture éclectique. Voiron et New York sont décidemment assez proches. En effet, outre la statue et l’architecture éclectique, l’église a été attaquée par un camion il y a quelques années. Le drame du World Trade Center version voironnaise. Le camion avait foncé dans le bâtiment ecclésiastique. Bilan : effondrement d’une balustrade, 2 morts, 4 blessés graves, 4 légers, 8 personnes choquées. Attentat revendiqué par les mousquetaires de la distribution ; directement signé sur le camion. La version officielle est que le camion n’avait plus de freins mais quand on est voironnais, on ne peut s'empêcher de penser que l'attaque d'un symbole national comme l'église Saint Bruno, ça ne peut être qu'un coup de Al Qaida.



A l’époque, Philippe Vial, le maire de Voiron pas mécontent de passer au journal de vingt heures des chaînes nationales, avait précisé que le bilan aurait sûrement été beaucoup plus lourd si l'accident s'était produit la veille. En effet, la veille, c’était jour de marché à cet endroit là de Voiron. On pouvait le dire, on l’avait échappé belle. Moi je trouve quand même tragique que l’accident ne se soit pas produit au moyen age, pendant la nuit et en rase campagne, le bilan aurait sûrement été encore plus léger.

Voiron, donc, possède une église, comme toutes les villes de France de cette envergure mais aussi un cour du mail sur lequel se tient le marché deux fois par semaine – on l’a déjà vu-, la grande rue qui n’a de grande que le nom, une avenue de la République que je ne saurais pas situer, un hôtel de ville et son jardin et, bien sûr, le Mac Do, centre névralgique de la gastronomie régionale. Le reste est négligeable. Quand on connaît tout ça, on a fait le tour du propriétaire. Le Mac Do de Voiron, assez curieusement, c’est le plus gros chiffre d’affaire des Mac Do de l’Isère. L’exotisme plait manifestement aux Voironnais.

On ne peut pas parler de Voiron sans évoquer ses 28 bars. Le Central bar, bar le Voironnais, le Parisien, le bar du Mail, le Royal bar, le Sporting… Le patron de bar voironnais ne manque pas d’imagination quand il s’agit de baptiser son bouiboui. Il y en a tout de même deux qui ne se sont pas trop cassés : café chez Bouboule et bar Alex Raymonde. Même s’il est probable qu’à Paris, ça pourrait faire un carton des noms comme ça, à Voiron, non. En revanche, il y en a un qui sort carrément du lot avec le nom de son zinc : Dream River. Pour choisir un nom pareil, le mec a sûrement dû voyager au-delà des frontières de l’Isère. Un voironnais intrépide. Un putain d’aventurier. Si ça se trouve, il a même fait du marketing, le type.

C’est dans les bars où l’on peut être initié à la vie voironnaise. L’étranger qui pénètre l’un de ces palais de l’alcool affrontera certes dans un premier temps quelques regards transversaux et acerbes, mais les premières œillades meurtrières passées, l’hospitalité, la générosité et la serviabilité naturelle du voironnais se manifesteront sans retenue. Précisons qu’un étranger est une personne qui n’est pas connue des poches à gnôles accoudées au comptoir à ce moment là. C’est donc une notion assez vague et changeante. Je ne vous en dis pas plus, je préfère vous inviter à le découvrir par vous même.

Vous l’aurez compris, bien qu’elle ait quelques défauts, j’ai une affection toute particulière pour la ville qui a hébergé mes premières ivresses ; je pense à mes premières amours (Mumu se reconnaîtra) et mes premiers tours de mobylette. Un endroit où le soleil est aussi généreux l’été que le froid l’est l’hiver, à quarante minutes des premières stations de ski et vingt des premières baignades.

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